En dépit de la clarté de la jurisprudence et de la pratique
administrative, certains s’obstinent à prétendre que les témoins de
Jéhovah ne devraient pas être considérés comme une association
cultuelle.
Les membres de la dernière commission d’enquête parlementaire sur les
sectes et les mineurs citent pour se justifier un courrier conciliant
du ministre de la Santé, Xavier Bertrand (un franc-maçon, comme par
hasard...), qui affirme que l’action des témoins de Jéhovah serait de
nature à troubler l’ordre public, notamment en ce qui concerne leur
position religieuse sur l’usage de la transfusion sanguine, et se
permet de conclure que cela justifie le refus de la reconnaissance de
leur statut cultuel (ce qui ne relève d’ailleurs pas de la compétence
de son ministère) (1).
La question de supposées « entraves au service public », à propos de
la recherche par les témoins de Jéhovah d’équipes médicales disposées
à accepter les refus de transfusion sanguine, a déjà été posée en 2004
par Philippe Vuilque, qui a été justement l’auteur du rapport
parlementaire L’enfance volée - Les mineurs victimes des sectes. Le
ministre de l’Intérieur avait clairement répondu :
« Les décisions des plus hautes instances juridictionnelles n’ont pas
retenu le refus de transfusion sanguine des Témoins de Jéhovah comme
étant un facteur de trouble à l'ordre public. » (2)
Plus récemment, la circulaire du ministère de l’Intérieur du 25
février 2008 (3) a également répondu à ces accusations en rappelant
l’état du droit à ce sujet. Elle rappelle d’abord que la loi du 4 mars
2002 a renforcé les droits du patient majeur à discuter de son
traitement et que, selon le Conseil d’État, « le refus de recevoir une
transfusion sanguine constitue l’exercice d’une liberté fondamentale
». En ce qui concerne les mineurs, elle se réfère à la même loi, qui
recommande de rechercher le consentement du mineur, mais que dans les
cas de refus d’un traitement en situation d’urgence « le médecin
délivre les soins indispensables ». Elle conclut que le médecin peut
donc agir, même en cas d’opposition des parents, sans avoir à demander
à l’autorité judiciaire d’ordonner les mesures d’assistance éducative,
contrairement à ce que continuent d’affirmer des personnes apparemment
mal renseignées. Ces quelques mises au point apportées par le ministre
de l’Intérieur, le mieux placé pour parler du statut cultuel, prouvent
que la question a été examinée par ses services ainsi que par le juge..
D'aucuns ne manqueront pas d'accuser le ministère de l'Intérieur de
n'avoir considéré la question que d'un point de vue strictement
juridique. Mais qu'en est-il des faits ? Loin d'accorder à la légère
le statut d'association cultuelle aux Témoins de Jéhovah, le dossier a
été instruit en cherchant les arguments qui permettraient de refuser
cette « petite reconnaissance ». Le 24 juillet 2003, deux conseillés
du ministre de l’Intérieur ont reçu à cette fin une délégation de la
Coordination nationale des victimes de l’organisation des Témoins de
Jéhovah (4). L'absence de suites données à cette rencontre laisse
penser que Charline Delporte et Alain Berrou n’ont pas convaincu. De
son côté, en vue de son audition devant la commission d'enquête
parlemantaire sur les sectes et les mineurs, Didier Leschi, chef du
Bureau central des cultes, a mené une véritable enquête à l'échelle
nationale. Il a demandé aux préfectures des départements de faire le
recensement sur les 3 dernières années des incidents liés au refus de
la transfusion sanguine par les Témoins de Jéhovah. Sa conclusion est
édifiante :
« Au vu des résultats obtenus, ce qui remonte, c’est un petit nombre
d’incidents souvent réglés par la discussion. Jamais d’incident qui
met en cause des enfants ou le pronostic vital ou le fonctionnement du
service public hospitalier ne m’a été signalé ces trois dernières
années. » (5)
De ces différents éléments factuels, il en découle de manière évidente
que le refus de la transfusion sanguine ne génère pas un trouble à
l’ordre public.
Davy.
http://info-tj.hautetfort.com/
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(1) P. Vuilque, L’enfance volée - Les mineurs victimes des sectes,
rapport n° 3507, AN, 2006, p. 147. Le courrier du ministère de la
Santé et des Solidarités daté du 24 novembre 2006 est reproduit en
annexe.
(2) Journal officiel, Assemblée nationale, Questions, 15 juin 2004, n°
33176, p. 4503.
(3) Ministère de l’Intérieur, circulaire du 25 février 2008 relative à
la lutte contre les dérives sectaires, n° NOR/INT/A/08/00044/C.
(4) Serra Dominique, Témoins de Jéhovah : la controverse, La Voix du
Nord, 26 juillet 2003.
(5) P. Vuilque, L’enfance volée - Les mineurs victimes des sectes,
rapport n° 3507, AN, 2006, Auditions, pp. 446. N. B. : Cette citation
de Didier Leschi est la formulation exacte tirée du document vidéo
diffusé le 23 octobre sur la chaîne parlementaire LCP Assemblée
nationale, la transcription reproduite dans le rapport parlementaire
contenant des différences notables...