news@alteferians.org (fff, l'ipphca.) nous contait:
> je veux parler des objets fractals et donc, de Benoît Mandelbrot, ce
> génial mathématicien franco-américain, né Ã* Varsovie le 20 novembre
> 1924 et son nouveau paragdime qui affirme que les aléas ne s’annulent
> pas, mais au contraire se cumulent, et où la prédiction statistique
> classique ne fonctionne plus.
comment ne pas citer Benoît Mandelbrot et son anomie(*) dans ce forum de
l'économie !
(*) la définition que j'en donne par mes nombreux messages publiés dans
les forums de la galaxie altéférienne.
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Une approche fractale des marchés, de Benoit Mandelbrot
Dans un livre sans concession, Benoît Mandelbrot, polytechnicien
français, dénonce les incohérences de la théorie financière orthodoxe et
présente sa vision fractale des marchés.
Si l’indépendance est une vertu, Benoît Mandelbrot en estcertainement
l’une des représentations les plus palpables dans le paysage
scientifique contemporain, tellement il aura pourfendu, dans toutes les
disciplines qui ont jalonné son parcours, l’attitude de ses pairs.
Fort de près d’un demi-siècle de recherches dans les domaines les plus
variés, des sciences physiques Ã* l’informatique, de la physiologie Ã* la
finance, ce polytechnicien français (qui est aussi docteur en
mathématiques) âgé de 82 ans, aura été tout au long de sa carrière l’un
des plus principaux dissidents de la bien-pensance dans les milieux
financiers. Comme en témoigne son dernier essai, Une approche fractale
des marchés : Risquer, Perdre et Gagner, qui se pose, incontestablement,
en véritable réquisitoire contre la théorie financière orthodoxe.
L’essai, subdivisé en trois principales parties, commence par un état
des lieux des marchés financiers contemporains ; l’auteur s’employant Ã*
revenir sur la manière dont les idées ont évolué depuisle siècle
dernier, de Louis Bachelier Ã* Black & Scholes. Mandelbrot repasse ainsi
en revue, étape par étape, les différentes méthodes quiont permis au
fil du temps, d’appréhender de manière efficiente les marchés boursiers
et de mieux se prémunir contre les risques qui y étaient inhérents. Il
revient en profondeur sur tout « l’édifice de la finance moderne » : les
théories de Bachelier, l’analyse fondamentale, le CAPM de William
Sharpe, la théorie moderne du portefeuille d’Harry Markovitz, le modèle
de Black, Scholes & Merton. Tout est passé en revue. Mais, il ne
s’arrête pas Ã* l’histoire des idées. Il en fait aussi le procès Ã*
charge. Expliquant ainsi, puis démontrant, pourquoi Ã* peu près tous les
outils classiques qui s’utilisent actuellement dans l’industrie de la
finance ne fonctionnent pas, tout en dénonçant le confinement du débat
sur la modélisation des marchés financiers Ã* « quelquescercles très
restreints de mathématiciens s’intéressant Ã* l’économie, ou
d’économistes aux penchants mathématiques. »
En effet, pour Mandelbrot, les marchés étant bien « plus sauvages et
effrayants » que la théorie ne le laisserait supposer, tout l’édifice de
la finance est « bâti sur du sable ». Ou, mieux encore, les hypothèses
sous-tendant l’utilisation des outils financiers standards sont,
lorsqu’on les considère séparément, tout simplement « absurdes » : les
variations des cours ne sont pas pratiquement continues mais effectuent
des sauts de manière triviale et importante, les variations de cours ne
sont ni indépendantes ni stationnaires, et elles n’épousent pas non plus
les proportions de la célèbre courbe en cloche de la distribution
normale. Ou encore, que l’hypothèse d’efficience des marchés est
incorrecte : le marché n’est pas toujours un jeu équitable dans lequel
les vendeurs équilibrent les acheteurs.
S’il est acquis qu’aujourd’hui, aucun financier ne saurait remettre
en cause les réserves contre la théorie financière orthodoxe, on peut
néanmoins noter le bon nombre d’outils qui ont commencé Ã* être
développés pour palier ces manquements et se rapprocher, toujours
plus, de la réalité des marchés. Ce que Mandelbrot précise d’ailleurs,
tout en notant que le travail Ã* faire reste encore considérable et qu’il
faut, au plus vite, explorer d’autres concepts. Il ouvre ainsi la voie,
dans la deuxième partie de son livre, Ã* ce qui constitue Ã* ses yeux
l’une des nouvelles tendances pour mieux comprendre les marchés :
l’analyse multi fractale.
La suite du livre est d’un tout autre accabit. On rentre ainsi un autre
monde : un monde de beautés, de formes et de turbulences, où des
géométries complexes, dont on ne fait pas toujours le lien avec la
finance, prennent corps. C’est normal. Il n’est d’abord ici, pas
question de marchés et de cours, mais de dessins et de
graphiques. Mandelbrot, dans une sorte de condensé de ces différents
ouvrages sur la question, présente et initie aux fractales. Les
fractales dans les sciences physiques, les fractales en biologie, les
fractales dans la société. Puis, les fractales en finance, Mandelbrot
explorant ainsi ce qu’il appelle la « voie nouvelle » : le modèle multi
fractal. Il explique, présente. Même si on peut reprocher le manque de
démonstrations mathématiques pour la présentation d’un modèle dont le
grand nombre, professionnels comme curieux, ignorent encore tout ou
presque, et dont l’applicabilité n’a encore jamais été avérée. L’auteur
aura néanmoins pour principal mérite, de s’engager dans une voie qui
semble contourner l’ensemble des présupposés, par trop inexacts, de la
théorie standard.
Aux yeux du savant français, ce modèle fractal, Ã* l’inverse des autres
modèles financiers, requiert bien peu de données pour fournir beaucoup
d’informations : « il part des faits fondamentaux et pérennes du
fonctionnement du marché. Il est économique et flexible, et imitele
marché ». Mandelbrot conclut son ouvrage en présentant ses « dix
hérésies » de la finance, un résumé des idéesformulées sur la théorie
financière et ses divergences, plus ou moins flagrantes avec la réalité.
Finalement, en lieu et place d’un exposé simple d’une nouvelle théorie
pour mieux modéliser les marchés financiers actuels, l’ouvrage de Benoît
Mandelbrot est avant tout un livre de vulgarisation scientifique qui
permet de mieux les comprendre, tout en restant épuré des formules
mathématiques qui font souvent la complexité des précis classiques.
C’est un livre pour tout curieux, féru de finance mathématique, tout en
restant digne intérêt pour les professionnels de l’industrie financière
Ã* la recherche de nouvelles perspectives. Car, qui sait, peut-être,
Mandelbrot y développe-t-il ce qui peut-être considéré comme
l’avant-garde de la prochaine industrie financière. Et, même si cela ne
s’avèrerait pas être le cas, il pourra au moins avoir le sentiment du
devoir accompli : celui d’avoir profondément ouvert le débat sur la
modélisation des marchés financiers et son rapport Ã* la réalité.
- Une approche fractale des marchés : risquer, perdre et gagner (Benoît
Mandelbrot, Editions Odile Jacob, 2005)
Yann Olivier, Next Finance,
remerciements,
fff.
nota:
« L'anomie, pour Guyau, est créatrice de formes nouvelles de relations
humaines, d'autonomies qui ne sont pas celles d'une référence Ã* des
normes constituées, mais ouvertes sur une créativité possible. Elle ne
résulte pas, comme chez Durkheim, d'un trouble statistique, elle incite
l'individu Ã* des sociabilités jusque-lÃ* inconnues - dont il dira que la
création artistique est la manifestation la plus forte. »
— Jean Duvignaud