Dossier OMC
Dans la crise de société qui se concrétise avec cette ouverture
prochaine d’un cycle de négociations à l’OMC, il faut d’abord cesser
de ne voir qu’un seul de ses aspects, celui qui nous concerne chacun
plus personnellement. C’est un peu ce qui s’est passé à propos de
l’AMI, présenté souvent, par le milieu du spectacle, comme une
atteinte à l’exception française dans le domaine de la culture. Les
accords vont porter sur la mondialisation des services (GATS), des
tarifs industriels (GATT), de la propriété intellectuelle (TRIPS), des
droits de douanes, abolir des barrières techniques, sanitaires etc.
L’enjeu est donc beaucoup plus vaste et encore plus grave.
L’enjeu, c’est la société humaine
par M.-L. DUBOIN
octobre 1999
http://economiedistributive.free.fr/...rubrique52#318
N ous sommes face à un problème de civilisation, car il s’agit de
donner définitivement aux entreprises qui “font des profits” la
mainmise sur l’humain, sur sa santé, sur sa formation, sur toutes ses
activités, sur son avenir, sur sa culture et sur son environnement, et
cela par des règles applicables au monde entier et qui ne seraient
plus renégociables. Acceptons-nous de remettre à quelques très riches
lobbies le droit de nous imposer une façon de vivre définie dans le
seul but d’augmenter leurs revenus ? Ou bien sommes-nous décidés à
sauvegarder notre droit de jugement, celui de choisir ce que nous
croyons bon ?
productivisme ou production de qualité
Prenons l’exemple de l’agriculture. La science agronomique ayant fait
d’énormes progrès au XXème siècle, il y avait deux façons de les
utiliser.
En économie de marché, il s’agit de produire de façon à ce que la
vente des produits rapporte le plus possible d’argent. Ces progrès ont
donc été utilisés pour transformer l’agriculture en une véritable
industrie alimentaire, concentrant la production dans des entreprises
à hauts rendements, et générant de gros profits. Du point de vue
économique et financier, cette optique productiviste est une réussite,
en ce sens qu’elle a permis de conquérir des marchés mondiaux, ce qui
est bon pour la balance commerciale des pays exportateurs et met “les
indicateurs au vert”. Mais du point de vue humain, et même si ces
productions gigantesques ont fait baisser les prix agricoles, elle n’a
pas éradiqué la faim, bien au contraire, parce qu’elle a privé de
leurs moyens de survie des millions et des millions de petits paysans
pauvres partout dans le monde. En Europe, cette politique, la PAC,
consista en subventions pour maintenir les prix payés aux producteurs
et en aides proportionnelles à la taille des entreprises, encourageant
ainsi les concentrations. Les plus “gros” ont ainsi survécu, et sont
toujours prêts à se battre, et avec la violence qu’on leur connaît,
pour maintenir les avantages que cette idéologie leur a valus.
L’autre façon d’utiliser le progrès de la science agronomique est de
pratiquer ce qu’on appelle parfois l’agriculture biologique : étudier
les sols et leur environnement, déterminer leurs besoins pour les
nourrir sans excés ni carence, sélectionner les graines, etc. Les
produits obtenus en respectant ces équilibres naturels sont de
qualité, mais ces méthodes s’accomodent mal à de très grandes
entreprises, et requièrent souvent plus de main d’œuvre que la culture
extensive.
Or, en économie de marché, il faut que cette maind’œuvre vive de la
vente de ses produits, ceux-ci sont donc proposés plus cher. Dans le
Tiers monde, les petits producteurs ne peuvent pas en vivre. Mais en
France, ceux qui la pratiquent se battent pour faire la promotion de
leurs produits et c’est la lutte du pot de terre contre le pot de fer,
entre la Confédération paysanne et la FNSEA, José Bové contre Luc
Guyot, David contre Goliath.
Le “Gaulois” parait de moins en moins ridicule aux yeux du public au
fur et à mesure que celui-ci découvre les procédés des multinationales
comme Nestlé, Novartis et autres. Nos lecteurs, par exemple, savent
[1] quel est l’objectif du “Terminator” de Monsanto. Or dans les
projets de négociations à l’OMC, il y a encore pire que cela, avec les
brevets sur le vivant : une société qui aura manipulé génétiquement
une espèce aura des droits (tels des droits d’auteur) sur toutes
générations qui suivront. Et si elle parvient à supprimer les espèces
rivales, quel pactole ! C’est ainsi que la nourriture du monde devient
la chasse gardée de ces grosses entreprises et des producteurs qui les
suivent, leurs prix sont imbattables par la concurrence “propre”.
société à deux vitesses
L’opinion découvre la mainmise de ces multinationales en même temps
que les dangers de cette alimentation (santé, environnement,
pollution, diversité et conservation des espèces, etc.) d’où le slogan
qu’on commence à entendre : une nourriture de mauvaise qualité faite
par les riches pour les pauvres, et une nourriture de qualité faite
par les pauvres pour les riches.
Il est tentant d’ouvrir le parapluie, et de dire : « moi, je suis
averti, je m’arrange dans mon coin, je connais un producteur bio, nous
faisons des échanges (par exemple dans un SEL) en dehors du marché.. »
Franchement, cette attitude signifie : « le reste du monde peut bien
crever, ce n’est pas mon problème ». égoïsme que certains cachenten
le théorisant : « c’est en soi-même, c’est sur soi qu’il faut
travailler pour trouver un équilibre intérieur qui irradiera peu à peu
notre entourage, etc.., etc.... » Et pendant ce temps-là, les gros
industriels américains préparent l’avenir du monde.
Il serait temps de comprendre que seule une mobilisation générale peut
mettre fin à ce système qui n’a plus rien d’humain.
Pour vendre à profit dans l’abondance, il faut un marché mondial...
Ce qui est rare est cher, et seuls les riches peuvent payer cher. Il y
a donc deux types de productions rentables :
- celle de produits de luxe, destinée à quelques riches,
- et surtout une production abondante donc bon marché, mais qui ne
rapporte qu’à condition de pouvoir la vendre en très grandes
quantités, d’où la nécessité, dans cette logique, d’organiser ce
marché à l’échelle mondiale.
Et c’est là le but des négociations de l’OMC, il s’agit de faciliter
ce marché de masse, qui profitera à une minorité de plus en plus
restreinte, faite non plus de “producteurs”, mais plutôt de
manipulateurs, manipulateurs du patrimoine génétique et manipulateurs
de foules.
Un seul et même combat !
Les problèmes que rencontrent les agriculteurs ne sont pas
fondamentalement différents de ceux des Bibendums qui manifestent en
ce moment-même à Clermont-Ferrand, ni de ceux de tous les employés qui
se sentent des licenciés en puissance, que ce soit dans l’industrie,
dans les banques, dans le petit commerce ou la culture.
La logique marchande impose toujours et partout la recherche de
rentabilité. Alors il faut réduire les coûts (les employés sont des
coûts dans une comptabilité d’entreprise, quelle qu’elle soit) pour
être compétitif ; il faut gagner des marchés en éliminant la
concurrence, et malheur au perdant dans cette guerre permanent,
universelle et sans merci.
Monsanto élimine les petits producteurs qui ne tirent pas de la vente
de leurs produits des bénéfices suffisants pour acheter ses semences
ou ses désherbants ; Michelin licencie, bien que ses performances
soient bonnes, parce que ses actionnaires (les fonds de pension par
exemple) ne se contentent plus de “retours sur investissement” de 10 %
l’an, il leur faut au moins le double. Et seules les firmes parvenant
au tout premier rang du marché mondial dans leur branche vont
survivre. C’est pourquoi on assiste à tant d’opérations de fusions,
dans tous les domaines.
Tout le monde le sait, dans l’agriculture, dans l’industrie ou dans le
spectacle : ce qui rapporte, c’est ce qui coûte très peu et se vend
bon marché mais dans le monde entier.
Quand Michelin prend les devants et annonce qu’il va réduire ses frais
en licenciant, il agit dans la logique générale du marché, celui-ci
comprend le message et la cote en Bourse des actions Michelin montent.
Protester contre édouard Michelin ne sert à rien si le système
demeure. Qu’un autre gérant soit mis à sa place, ou même que
l’ensemble de son personnel s’organise en cogestion, s’ils sont placés
dans le même système, ils feront la même chose pour que l’entreprise
puisse trouver des marchés, sinon, elle fera faillite. C’est donc bien
cette logique qu’il faut changer et non pas les hommes qui sont amenés
à l’appliquer.
Le combat de tous les consommateurs est ainsi le même que celui des
Bibendum, des José Bové et de tous ceux qui se trouvent éliminés,
rejetés, méprisés comme bons à rien, non compétitifs ou pas modernes,
parce que la production abondante qu’on peut faire sans eux n’est plus
rentable que si elle atteint la dimension mondiale.
Accepter l’idée d’un vrai changement
Ce système est-il une fatalité, comme cherchent à le faire croire ceux
qu’il entretient encore ? Un peu de réflexion montre pourtant que non,
et nos propositions d’une économie distributive [2] garantissant à
vie, pour tous, un revenu décent contre l’engagement de participer
quelque temps aux responsabilités et tâches de la société, sont
réalistes, puisque grâce à une monnaie de consommation, elles sont
facilement applicables.
Nous avons discuté, cet été, avec un paysan, courageux et compétent,
qui se plaignait de ne plus pouvoir vivre décemment de la vente de ses
abricots et pêches. Accepterait-il que son revenu ne soit plus le
bénéfice de ce qu’il arrive à vendre, mais qu’il lui soit désormais
assuré à vie, contre son engagement de bien entretenir ses vergers et
de produire des fruits de la meilleure qualité possible ? Cette
suggestion l’a abasourdi. Il rejeta l’idée d’emblée, sans qu’ilnous
soit possible de rentrer dans les détails, d’expliquer pourquoi et
comment ce revenu pourrait être très largement suffisant pour bien
vivre. Notre homme était tellement conditionné par le capitalisme de
marché qu’il ne voulait qu’une seule chose : vendre beaucoup et le
plus cher possible. Un point, c’est tout.
Il va falloir aux distributistes encore beaucoup de pédagogie !
---------
[1] Lire par exemple La leçon du Terminator page 8 de la GR-ED N°987
d’avril 1999.
[2] En voir, par exemple, le bref résumé (en trois pages) paru dans la
GR-ED N°983 de décembre dernier.
Défendre le capitalisme et assurer les odieux privilèges des
milliardaires et multimillionnaires , collaborer dans le camp des
esclavagistes et des affmameurs-détrousseurs de pauvres et de
malades , revient à participer à l'assassinat massif de l'Humanité et
à collaborer à son extermination .
On 12 août, 17:20, noauth <a...@remailer.gabrix.ath.cx> wrote:
> Depuis quelques jours, d’après nos oracles cette fois c’est sûr la
> reprise est là ; même si bien entendu sur les questions accessoires comme
> le chômage le tunnel est encore long.
> Franchement, ce serait vraiment mesquin de s’arrêter à des considérations
> aussi puériles.
> Des pousses vertes, aux signaux, au fond le seul débat qui compte est
> affaire de sémantique. Anticipant la liesse populaire, on peut déjàtirer
> un bilan de ces derniers mois des heureux bénéficiaires de cette crise si
> désormais on peut l’appeler comme tel, *d’un certain point de vueparler
> « d’épisode salvateur » paraît plus approprié.
> On savait nos sympathiques traders largement épargnés et grassement payés
> par les contribuables via les plans de soutien aux banques mais certaines
> entreprises aussi...
> Rassurez-vous, cette réalité ne sera que peu commentée avec notre presse
> en délire car elle pourrait conforter les oiseaux de mauvais augure
> gauchisants. En effet, des statistiques très intéressantes sont tombées
> hier aux Etats Unis… la productivité a bondi de 6,4% en rythme annuel,
> mieux les coûts unitaires du travail ont reculé de 5,8%.
> En clair, et ce n’est pas moi qui le dit mais un éminent spécialiste
> d’une respectable institution « on peut produire plus avec moins de gens
> » ; cela signifie donc que l’économie dans son mode de fonctionnement
> actuel (et sa philosphie) va continuer à détruire de l’emplois (ànoter
> qu’en France on atteint des records).
> Au fait, *ces saignées n’avaient pas pour finalité de préserverl’outil
> économique seulement de maintenir le profit de quelques uns.
> Si il y a encore des cons pour croire à la moralisation du capitalisme,
> les mêmes gogos croiront probablement aussi à la prise en compte des
> questions environnementales par les puissants.
> La conférence climat de Copenhague ça rapportera combien ?
> liens:
> http://www.lexpansion.com/economie/a.../pourquoi-les-...
> http://www.inegalites.fr/spip.php?article556