"Antoine Belgodere" <rasko[at]club-internet.fr> wrote in message news:<3f56409a$0$20951$7a628cd7[at]news.club-internet.fr>...
- quote -
> Souvent, et c'est le cas en ce moment, s'engage un fil passionné sur la
> grande question de la scientificité de l'économie. Si l'on peut légitimement
> être agacés par le peu de compétences épistémologiques des gens qui
> déboulent en criant "l'économie, c'est pas une vraie science sérieuse comme
> la physique", on a tendance à ne pas s'interroger sur les causes de cette
> défiance. J'en vois une, et je la soumet : on voit souvent, à la télévision,
> des gens qui ne sont pas des économistes, mais souvent des représentants de
> groupes d'intérêt, usurper la posture de l'économiste en expliquant que
> telle ou telle mesure est souhaitable ou au contraire inimaginable en raison
> des exigences économiques. Ceci s'entoure souvent d'un flou qui semble
> vouloir dire : "Vous, gens normaux, vous ne pouvez pas comprendre, mais il
> existe une science, l'économie, qui est trop complexe pour que je vous
> l'explique, qui dit que j'ai raison et que vous avez tord".
> Je ne suis pas du genre à tenir le genre de discours démagos selon lesquels
> on peut tout expliquer par la vulgarisation. Je sais bien que faire
> comprendre à quelqu'un ce qu'est un équilibre général, un raisonnement de
> statique comparative, une optimisation intertemporelle, etc, c'est long,
> même quand ça s'adresse à des gens qui ont une certaine formation en math.
> Alors ne parlons pas des autres.
> Ce que je dis, en revanche, c'est que souvent, on fait passer des choses qui
> devraient relever de choix sociaux, ou parfois de choix individuels, sur le
> compte de l'obligation économique. Exemples : le temps de travail, les
> retraites, le budget de la culture ou de la santé, le niveau de prélèvements
> obligatoires, les privatisations, l'aide aux démunis, etc.
> Je pense connaître suffisamment la science économique pour savoir qu'elle ne
> permet, sur aucun de ces sujets, de tenir des propos du genre : "l'économie
> dit, que cela vous plaise ou non, qu'il faut impérativement diviser (ou
> multiplier) par 2 le budget de tel ou tel ministère, sinon notre pays coure
> à la catastrophe".
>
> Le problème, c'est que certaines pesonnes sentent bien qu'il y a arnaque,
> sauf qu'elles ne comprennent pas en quoi elle consiste : elle pensent que ce
> sont les économistes qui veulent arnaquer le bon peuple en se faisant passer
> pour une science inaccessible qui impose des choses impopulaires, alors que
> ce sont en fait des non économistes qui arnaquent le bon peuple en se
> faisant passer pour des économistes.
> Le résultat, c'est qu'on a régulièrement des gens excédés qui débarquent sur
> ce forum en disant : "bandes de branleurs, arrêtez de vous faire passer pour
> des scientifiques alors que vous n'ètes que des idéologues."
Assez d'accord là-dessus. L'exemple de l'euro est éclairant. Toutes
les "écoles" économiques ont critiqué au moins les modalités de
l'unification monétaire européenne, sinon ses finalités. Monétaristes,
keynésiens, marxistes, libertariens, il ne s'en trouve pas un pour
dire bravo à l'euro. Et le citoyen européen n'a qu'à constater les
dégâts sur la croissance. On a invoqué Mundell comme père de l'euro,
mais il serait à vérifier qu'il est d'accord. Plus exactement, il ne
suffit pas que l'union européenne soit une "zone monétaire optimale",
ce qu'elle est vraisemblablement, pour que l'euro soit une bonne
monnaie. Encore faudrait-il une coordination entre budgets et monnaies
compatible avec le potentiel de croissance de la zone.