mis a mal par une campagne sur la perte
du pouvoir d'achat orchestree par les centres Leclerc,
l'insee se sent obligee de se justifier.
On en apprends de belles sur l'arnaque
a l'indice des prix:
Exemple : un fabricant lance un nouveau micro-ordinateur plus puissant pour
le même prix. L'Insee, lui, considère que le consommateur en a plus pour son
argent et ajuste le prix à la baisse pour refléter l'évolution
technologique. Il en va de même pour un rasoir passant de trois à quatre
lames, un lait auquel on rajoute des vitamines ou un lave-vaisselle plus
silencieux.
PAS etonnant en trafiquant des prix "artificiels" de
cette maniere que l'insee trouve que le pouvoir
d'achat augment en France, alors qu'il a en moyenne
baisse de 10 % depuis l'introduction de l'Euro.
http://www.liberation.fr/page.php?Article=179567
Inflation
Pouvoir d'achat: la polémique en hausse
L'Insee conteste les chiffres de la campagne Leclerc. Des différences de
calcul qui font débat et s'ajoutent au sentiment de hausse de la part du
consommateur.
L'Insee contre-attaque. Hier, l'Institut national de la statistique avait
convié la presse pour répliquer à la campagne des centres Leclerc sur le
pouvoir d'achat des Français. «L'Etat vous fait croire qu'il est en hausse
de 1,2 %, dit Leclerc en substance dans sa campagne. Le véritable pouvoir
d'achat, lui, est en baisse de 1,1 %.» A l'appui : une étude du Bipe, un
institut d'études économiques indépendant. Et, pour finir, un slogan : il
faut supprimer la loi Galland qui empêche les hypermarchés de baisser les
prix comme ils le voudraient. Un battage qui agace particulièrement le
gouvernement au moment où la consommation peine à repartir (lire page 4).
Jean-Michel Charpin, le directeur général de l'Insee, se refuse à rentrer
dans une guerre des chiffres. Il commence par se féliciter de l'appréciation
du Fonds monétaire international sur les travaux de l'Insee. «Nous avons
reçu la visite de six personnes pendant deux semaines. Notre indice des prix
a été distingué. Nous sommes classés second derrière le Canada.» Il
s'empresse de préciser que la définition des statistiques nationales est
l'objet d'une concertation internationale. Autrement dit, il ne saurait y
avoir plusieurs pouvoirs d'achat ou plusieurs indices des prix à la
consommation. Pourtant, le débat est bel et bien lancé. La campagne de
Leclerc sonne juste pour un grand nombre de Français qui perçoivent que
l'argent file plus vite qu'avant. Les indices officiels sont-ils pertinents
? Revue de détail des trois catégories en cause.
La gymnastique de l'indice des prix
Il y a de quoi s'énerver... Comment l'Insee ose-t-il estimer une inflation à
2,2 % pour 2003 (et 1,6 % sans compter la hausse du tabac) alors que chacun,
depuis l'arrivée de l'euro, a l'impression de voir flamber les tickets de
caisse et les petites dépenses quotidiennes ? Contrairement à une idée
répandue, la mesure de l'Insee ne reflète pas les prix à l'étiquette mais
les ajuste en fonction des évolutions des produits. Exemple : un fabricant
lance un nouveau micro-ordinateur plus puissant pour le même prix. L'Insee,
lui, considère que le consommateur en a plus pour son argent et ajuste le
prix à la baisse pour refléter l'évolution technologique. Il en va de même
pour un rasoir passant de trois à quatre lames, un lait auquel on rajoute
des vitamines ou un lave-vaisselle plus silencieux. Pour chaque produit,
c'est donc une gymnastique qui mobilise trente experts à Paris et qui finit
par minorer l'inflation par rapport aux étiquettes. «Sur la seule question
de la mesure des prix des abonnements aux téléphones portables, il y a des
colloques», s'amuse Jean-Michel Charpin. Ainsi, tous les mois, 4 à 5 % des
produits sont renouvelés et, dans deux tiers des cas, les prix sont
ajustés...
«C'est justifié lorsqu'on choisit d'acheter de la lessive en capsules plutôt
qu'en poudre. Mais la part d'innovation dans les produits est-elle toujours
désirée par les acheteurs ? s'interroge Elisabeth Waelbroeck-Rocha,
directrice du Bipe. On peut, par exemple, contester que la mesure du prix
des ordinateurs baisse de 30 % tous les ans.» Autre décalage entre inflation
mesurée et inflation perçue : «Chaque personne se calcule son propre indice
des prix personnel sur un nombre de produits limités», explique Jean-Michel
Charpin. Alors que l'Insee s'appuie sur un échantillon de 110 000
produits... «La persistance du décalage provient largement de hausses de
prix récentes sur des produits emblématiques : la cigarette, les timbres ou
les produits frais par exemple», estime Dominique Guédès, chef de la
division des prix à la consommation à l'Insee. Qui, donc, a raison ? Tout
dépend des critères retenus.
Le calcul discuté des revenus
Pour les revenus, le Bipe se sert des séries statistiques de l'Insee, dites
«revenu disponible brut des ménages» (ce qui reste des revenus du travail,
de ceux de l'épargne et des prestations sociales après impôts et CSG). Un
calcul lui-même sujet à discussion. Par exemple, il prend en compte pour 10
% les revenus de l'épargne. C'est trop pour les smicards et les chômeurs,
trop peu pour les classes sociales les plus aisées.
Pour l'Institut national, le revenu disponible brut augmentera de 2,9 % en
2003. Le Bipe, de son côté calcule une croissance de seulement 2,5 %. «Nous
faisons plus de place aux effets attendus du chômage, qui a crû l'an
dernier», explique-t-on au Bipe. «Avec sa méthodologie statistique, le Bipe
tend à montrer que plus de personnes se partagent le gâteau, alors que
l'Insee ne montre que l'expansion du gâteau lui-même», explique Xavier
Timbeau de l'OFCE. Elisabeth Waelbroeck-Rocha, directrice du Bipe, va plus
loin : «Nos calculs démontrent que la progression des revenus n'est plus
suffisante pour garantir le pouvoir d'achat d'un nombre croissant de
ménages.» Ce qui est plus qu'embêtant pour le gouvernement...
La quadrature du pouvoir d'achat
C'est la grosse pomme de discorde. Qu'en est-il ? Là encore, à chacun sa
méthode. D'ailleurs, le Bipe ne prétend pas remettre en cause le pouvoir
d'achat calculé par l'Insee, mais mettre au point un indicateur «plus proche
des consommateurs». Tel était d'ailleurs l'objet de l'appel d'offres lancé
par Leclerc aux organismes d'études. Cette nouvelle statistique est donc
officiellement intitulée : «Pouvoir d'achat effectif du consommateur».
Effectif, parce qu'on calcule un revenu «libéré» des dépenses
incompressibles (loyer, assurance, transport en commun, etc.). «On se base
sur le revenu disponible après avoir payé ce qui est obligatoire, c'est ce
qu'on a vraiment en poche pour faire ses courses», justifie Elisabeth
Waelbroeck-Rocha. Pourtant, «le revenu "libéré" est un choix arbitraire,
juge Eric Heyer, économiste à l'OFCE. Pourquoi comptabiliser le logement,
alors qu'on peut choisir de déménager pour payer moins, mais pas la
nourriture qui est aussi une dépense incompressible ?» Yannick L'Horty
(université d'Evry Val-d'Essonne) trouve néanmoins un vrai mérite au travail
du Bipe : «L'aspect incompressible de certaines dépenses est une piste. On
ne peut pas déménager si facilement et cela a un coût certain. On ne peut
pas renoncer à assurer sa voiture sauf à la vendre...»
Deuxième spécificité : avec son indicateur, le Bipe avait l'ambition de
calculer le pouvoir d'achat «du consommateur». Pour ce faire, il prend en
compte le nombre d'«unités de consommation» et non de ménages. Quelle est la
différence entre les deux ? Avec «l'unité de consommation», l'indice du Bipe
intègre dans son calcul le nombre d'enfants et d'adultes qui se partagent un
même revenu. Ce qui, de fait, réduit le pouvoir d'achat moyen.
Au final, le résultat de l'Insee donne une augmentation du pouvoir d'achat
en 2003 et celui du Bipe une diminution. Qui a raison ? Aucun économiste
n'est prêt à répondre franchement à la question. «Ce sont deux mesures
différentes», dit Heyer de l'OFCE. En l'occurrence, pour Leclerc,
l'important était de trouver un indicateur qui baisse. C'est ce qui lui
permet d'être entendu dans sa campagne pour supprimer la loi Galland.
(1) Un calcul qui attribue une unité au premier adulte du ménage, 0,5 au deu
xième adulte et 0,3 par enfant, selon une définition de l'OCDE reprise par
l'Insee.