http://www.bakchich.info/article3461.html
Laissez Venir A Moi Le Bon Gros Pognon Qui Sent Bon
20 avril à 12h22
En 1945, dans une préface, nouvelle, à son livre "Fascisme & grand
capital", paru neuf ans auparavant (et que tu devrais avoir lu, ou si tu
veux que je tue ton iench), Daniel Guérin observe que "le lien entre
fascisme et grand capital" est tout ce qu’il y a d’"intime".
J’y repensais en lisant "Le Journal du dimanche" de ce matin, et, à sa
page 4, un entretien avec un certain José Luis Duran, qui fait le beau
métier de "président du directoire de Carrefour", et qui "s’exprime pour
la première fois sur la situation (…) en Chine" populaire, où un appel à
boycotter "les hypermarchés" de son groupe a été comme tu sais "lancé
via Internet".
Le gars est inquiet : il prend "la situation très au sérieux".
Ca ne signifie pas, du tout, comme tu pourrais le penser d’abord sur la
foi d’une connaissance un peu superficielle des ressorts du libéralisme,
que José Luis Duran compatit au sort des Tibétains que réprime Pékin
(non sans le prompt soutien de Jean-Luc Mélenchon, qui trouve qu’après
tout, mâme Chabot, "dans quel pays au monde y a-t-il des endroits où les
émeutes urbaines ne sont pas réprimées ?")
Ce qui le préoccupe, le José Luis Duran, c’est qu’il a "deux millions de
clients qui se rendent chaque jour dans (ses) magasins chinois", et ça,
n’est-ce pas ?
Ca représente, au bas mot, de gros.
Gros.
Gros.
Paquets de pognon.
(Des sommes auuuuutrement plus considérables que l’émolument, par
exemple, que le groupe Carrefour consent aux fins de mois aux caissières
de ses magasins de France.)
Et naturellement : José Luis Duran, commerçant, n’a aucune intention de
se laisser miter le chiffre d’affaire(s) par des moines dépenaillés dont
Jean-Luc Mélenchon a fort bien démontré qu’ils étaient l’obscur(antist)e
survivance d’un âge ancien dont la Chine populaire et nouvelle a si
joliment su libérer un gros sixième de l’humanité.
Du coup, José Luis Duran fustige les manifestants qui ont osé l’autre
jour, dans Paris quadrillée comme Pékin par des keufs, perturber "le
passage de la flamme olympique".
José Luis Duran confesse : "Lorsque j’ai vu les images, je n’étais pas
fier".
(La fierté du grand capital m’est une source de joie qui jamais ne se
tarit.)
José Luis Duran, psalmodiant le couplet qui a mené jadis la fine fleur
olympique aux JO nazis de Berlin, énonce que : "S’attaquer au symbole de
la flamme et aux athlètes, c’est contraire aux valeurs de l’olympisme".
José Luis Duran, cependant, ne dit rien de ce que lui inspire, en termes
de fière fierté, la répression qui s’abat sur les rues de Lhassa (et
d’ailleurs) - et dont il n’a dû voir, c’est vrai, que peu d’images,
puisque aussi bien ses partenaires chinois, garants des valeurs de
l’olympisme, se défient de la curiosité malsaine des reporteurs occidentaux.
Florence Muracciole, qui recueille pour "Le Journal du dimanche" la
péroraison de José Luis Duran, lui pose alors cette question,
incroyablement effrontée : "Carrefour a-t-il soutenu le dalaï-lama,
comme le prétendent des médias chinois ?"
José Luis Duran sort de ses gonds, à cette seule évocation : "Carrefour
ne s’implique jamais dans les affaires politiques ou religieuses des
pays où il est implanté", non mais ça va pas, ou quoi ?
Il ajoute : "La situation au Tibet est complexe, et en tant que
président de Carrefour, je ne me permettrai pas de porter de jugement".
(Carrefour a-t-il soutenu Salvador Allende, comme le prétendent des
médias chiliens ?
Ah ben merde, non, alors : monsieur Pinochet dispose de trop de ce bel
argent que nous aimons.)
José Luis Duran précise, pour le cas où tu douterais encore de sa
maîtrise consommée du foutage de gueule (néo-)libéral : "Il faut arrêter
d’opposer les intérêts économiques et le progrès social et moral".
Carrefour, par exemple, peut très bien se donner du plaisir économique
dans des endroits où le progrès social consiste à loger une balle dans
un manifestant.
L’agrent, vois-tu, n’a pas d’odeur - et à ce propos, Florence,
voudriez-vous je vous prie fermer la fenêtre ?
Ces Tibétains morts qui se décomposent, je ne me permettrai bien sûr pas
de porter le moindre jugement de fond - mais faut admettre qu’ils puent
très fort.
LSD : "Rangoon Lhassa".
--
"Spéculation et crises : ça suffit !" Déjà plus de 30 000 signatures.
http://www.stop-finance.org