Un bon article de Quatremer, qui décrit bien l'endroit où nombre d'entre
vous se sont fourvoyés.
Fu2 un endroit plus calme, pour ceux que la discussion intéresse vraiment
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Rebonds
Le texte du philosophe, publié lundi, témoigne du désordre idéologique d'une
certaine gauche radicale.
Et l'Europe dans tout ça, Michel Onfray ?
Par Jean QUATREMER
QUOTIDIEN : vendredi 8 décembre 2006
Jean Quatremer journaliste à «Libération»
L'appel lancé lundi, dans Libération, par Michel Onfray pour que la «gauche
antilibérale», celle du non à la Constitution européenne, s'unisse et ne
présente qu'un seul candidat * et non six ! * à l'élection présidentielle,
est l'aveu d'un échec. Autant il est facile de s'opposer, autant il est
difficile de construire et de proposer une alternative crédible.
On savait déjà que le non était divers, puisqu'il agrégeait l'extrême
gauche, une partie de la gauche de gouvernement, la droite souverainiste et
l'extrême droite. On sait désormais que le «non de gauche» est irréductible
: tous Français, tous «antilibéraux», tous à la gauche de la gauche, mais
tous incapables de s'entendre. On comprend le désespoir d'Onfray. Il est en
tout cas certain qu'avec de tels leaders, l'Europe, avec ce que cela suppose
de compromis, parfois douloureux, ne se serait jamais construite. Car, pour
parvenir à bâtir pierre par pierre cette Union de bientôt vingt-sept Etats
membres, il a fallu mettre d'accord des pays qui se sont fait la guerre
durant des siècles, dont l'histoire est multiséculaire, les cultures
éloignées, les langues diverses et les systèmes juridiques profondément
différents. Et cela fait cinquante ans que cela fonctionne. Les leaders du
non ont beaucoup à apprendre de l'Europe et de sa culture du compromis.
Au-delà de cet appel au «rassemblement», le texte d'Onfray mérite une
attention particulière. Sa lecture est riche d'enseignements sur les
ressorts du non à la Constitution européenne. Cet article est terrifiant par
ce qu'il révèle du désordre idéologique d'une partie de la gauche radicale.
D'Europe, il n'est guère question : Onfray reconnaît lui-même que le non de
gauche s'explique par un rejet des «couleuvres du socialisme
gouvernemental». Pour lui, «la gauche se mettait en position de constituer
enfin une identité nouvelle loin du libéralisme des rejetons mitterrandiens
et du stalinisme des déçus de l'Est» . On est très loin de l'Europe.
«L'écologie, le féminisme, la République, la laïcité, la nation, les
régions, les minorités, l'antiracisme, la province, le peuple» ... On est là
dans le seul cadre de l'Etat-nation. Pour Onfray, la gauche «qui a voté non
à cette Constitution rédigée par le président Giscard d'Estaing» (c'est
inexact, mais ça permet de souligner son travers «libéral»), «c'est celle
que nous avons le devoir de construire» . Voilà, c'est dit : le référendum
n'était pas une affaire européenne, c'était une affaire nationale, un levier
pour bâtir une autre gauche et, à terme, une nouvelle communauté nationale.
Ses détestations et ses préférences sont fascinantes. Mitterrand est
définitivement «vichyste» et haïssable, mais le communisme lavé de ses
crimes. Plus loin, il rend hommage à la Révolution française, pas à celle de
1789, à celle de 1793 et à ses «valeurs démocratiques» . 1793, c'est
effectivement la Constitution la plus démocratique jamais adoptée en France,
mais elle ne fut jamais appliquée, Robespierre et ses amis l'ayant remisée
au placard pour proclamer la Terreur. 1793, c'est aussi la nation en armes
assiégée par une Europe qui rejette la Révolution française. La référence
n'est pas anodine dans le débat constitutionnel. Il est vrai que la
démocratie, selon Onfray, a un sens particulier. Il propose que les
prétendants de la gauche radicale se réunissent autour d'une table et votent
entre eux pour désigner leur porte-drapeau ! Pas question d'un vote citoyen
comme l'ont osé les socialistes, mais une réunion à huis clos d'un bureau
politique autoproclamé.
Plus inquiétant encore : si la gauche radicale doit s'organiser, c'est pour
promouvoir ses valeurs, en particulier «restaurer le sens de l'intérêt
général et du bien public». Le mot «restaurer» est important et revient
quelques lignes plus loin : il faut imposer la «restauration d'un service
public», dit Onfray. S'il faut restaurer et non instaurer, cela veut dire
que, dans le passé, les choses ont mieux fonctionné. Il faut donc remonter
dans le temps pour retrouver cet âge d'or. Onfray nous livre la clef de sa
nostalgie en stigmatisant le «libéralisme que droite et gauche incarnent en
se succédant au pouvoir depuis Pompidou» . Donc le libéralisme a corrompu la
société française à la mort de Pompidou, en 1974. Cette France aux valeurs
restaurées, celle du «bien public», celle de la communauté nationale
revivifiée serait donc celle des Trente Glorieuses, celle de «l'Etat UDR»
triomphant, celle qui a débouché sur Mai 68 ? Le voilà donc, cet «avant»,
cette nostalgie qui fouaille Onfray. De Gaulle et Pompidou, c'était avant la
corruption par l'Europe, cette Europe «inventée» par le libéral VGE et le
«vichyste» Mitterrand, celle du Marché unique.
Cette nostalgie passéiste, cette affirmation que la communauté nationale a
été corrompue par l'Europe libérale, cette pensée enfermée dans le cadre
national, ces références constantes au peuple (il parle de «gens modestes» )
supposé plus pur que les «élites», voilà un cocktail pour le moins détonant
de la part de quelqu'un qui prétend incarner un renouveau de la gauche
radicale.
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