Moi aussi, je prendrai quelques distances avec ce texte.
Certes, je suis également convaincu que le capitalisme tel qu'il évolue au
jourd'hui n'est pas LA solution (je reproduit exprès les majuscules qui ont
ici un sens important), et qu'il est cependant difficile de concevoir un
autre système.
Mais derrière une apparente sagesse, il y a, en réalité, un renoncement.
Sage renoncement peut être, car il vaut mieux renoncer qu'essayer d'imposer
des chimères, mais renoncement tout de même.
Il y a longtemps que ceux qui ont un minimum de culture politique ont fait
le tour de l'illusion que contient toute démarche utopique, c'est Ã* dire qui
consiste Ã* croire qu'il faut présenter un système ou des principes idéaux
pour convaincre tout le monde, ou du moins suffisamment de monde pour
pouvoir le réaliser, et que la seule difficulté serait d'être assez
ingénieux pour imaginer un tel système.
L'évolution du monde sera toujours la résultante des différents jeux de
rôle. Le financier essayera toujours d'améliorer son bilan comptable, le
fonctionnaire d'augmenter son pouvoir, celui qui est peinard et sans
responsabilités de faire en sorte que cela dure, le penseur utopiste de se
voir reconnu comme sauveur de l'humanité, le religieux de répandre la
parole divine telle que lui-même l'entend. Chacun d'eux a une égale
conviction que ses intérêts et ses passions coïncident avec l'intérêt
général. Aucun d'ailleurs n' a entièrement tort, mais tous n'ont que très
partiellement raison.
Quand on a compris cela, et admis que l'on n'est soi-même quoique l'on dise
et que l'on fasse qu'un petit vecteur parmi la multitude de vecteurs dont
l'évolution des choses est la résultante, on ne peut plus dire qu'il faut
"repenser la philosophie, le travail, le bonheur (le sens de la vie), la
fécondité,
la religion (la notion de bien et de mal)". Avant de "repenser" il faut être
conscient de la nécessité de "continuer Ã* penser".
Application pratique en ce qui concerne la critique du capitalisme, puisque
c'est le sujet: voici quelques questions fondamentale Ã* poser, en dehors de
toutes polémique et contre-système, uniquement pour "continuer Ã* penser".
a) Une fois reconnues les valeurs et vertues humaines qui fondent le
capitalisme, dynamisme, initiative, ardeur au travail, etc., et qu'il est
bien de les voir récompensées, n'y at-il pas un problème de mesure,
d'étalonage entre la récompense que reçoit le grand capitaliste et le
travailleur de base? La question ne se place pas dans le cadre d'une justice
redistributive plus ou moins égalitariste, mais uniquement sous l'angle de
la crédibilité de l'idée que l'intérêt du premier correspondrait Ã* l'intérêt
général.
b) Considérant que l'économie n'est jamais que la façon d'organiser les
services que les hommes se rendent entre eux par leur travail, le
capitalisme d'aujourd'hui, uniquement intéressé par les marchés solvables
est il si efficace qu'il le dit et même qu'il l'a été? Quand on voit la
misère du monde peut-on ne pas en douter? N'y a t-il pas une gigantesque
escroquerie dans le fait de faire miroiter aux populations du tiers monde
l'existence d'eldorados dans lesquels il suffit de courage pour "réussir"
(Le rêve américain étendu Ã* la planète) , comme si la réussite n'était pas
pour l'immense majorité des hommes de vivre heureux parmi les siens? Et
qu'est-ce qui s'y oppose? théoriquement, rien. En réalité ni le système
capitaliste mondial, ni hélas les élites des pays du tiers monde ne font
grand chose pour que les africains, par exemple, cessent de s'emmerder chez
eux. (sauf, pour celles-ci, quand elles sombrent dans des idéologies
extrêmistes ou terroristes)
c) L'homme étant ce qu'il est, il est clair que si l'on peut organiser les
choses de telle sorte que chacun serve au mieux l'intérêt de tous en
essayant de satisfaire les siens, il ne faut pas s'en priver. Mais peut-on
sérieusement croire qu'il en va ainsi automatiquement et sans contrôle?
On va me dire de continuer Ã* penser dans mon coin et la fermer car je ne
propose rien...
Si: je défie, notamment tout ceux qui vivent bien dans le système (ce qui
fait pas mal de monde en occident) de se poser ces questions avant de donner
leur foi au système ou Ã* des alternatives qui ne seraient en fait que des
alibis. Le but n'est pas de trouver des solutions, mais de faire en sorte
que les solutions qui se trouveront soient les moins obscurantistes
possibles, et de lÃ*, probablement, les moins dramatiques.
"[fff]." <news@alteferians.org> a écrit dans le message de
news:sa6d40k1z92.fsf@alteferians.org...
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1er novembre 2009
Par quoi remplacer le capitalisme ?
Caleb IRRI
Nous sommes nombreux Ã* avoir compris que le capitalisme n’est pas LA
solution. Bien. Certains parlent de révolution, d’autres de
décroissance, et d’autres encore de moralisation… très bien. Mais rien
ne fait taire les contradicteurs qui, très justement, posent la question
: on fait quoi, alors ?
Et oui, il est bien gentil de toujours remettre en cause le capitalisme
sans rien avoir Ã* lui opposer en retour. Et je plaide coupable, comme
les autres. D’ailleurs, c’est sans doute pour cela que tous les penseurs
d’aujourd’hui sont soit des économistes, soit des philosophes : les uns
ont pris le parti de calculer, et se réfugient ainsi dans leurs chiffres
pour ne pas avoir Ã* penser le monde. Les autres se réfugient dans la
pensée pour ne pas avoir Ã* regarder le monde en face.
Il ne s’agit pas ici de critiquer les uns ou les autres, mais de
comprendre pourquoi il est si délicat de se projeter dans un monde de
plus de 6 milliards d’habitants sur une planète de taille finie, et d’en
ressortir tout de go un système complet capable de satisfaire au plus
grand nombre sans tomber dans des travers idéologiques dangereux.
Car le capitalisme est un système qui permet malgré tout de régler les
échanges sur une règle universellement acceptée et partagée par tous, et
cela même s’il est inéluctablement créateur d’inégalités, et Ã* terme
voué Ã* un échec total. On peut tenter de lui fixer des limites, de le
contenir dans sa voracité, mais tout cela est vain : au final l’argent
finira toujours par l’emporter sur les autres préoccupations.
Il y a bien sûr certains partisans d’un « retour aux sources », fait de
trocs, de peaux de bêtes et de chasse (ce qui règlerait sans doute, soit
dit en passant, le problème environnemental), mais j’avoue que pour ma
part j’imagine ce retour aux sources plus comme une conséquence
malheureuse de la catastrophe qui nous guette (dérèglement climatique
grave ou guerre nucléaire) que comme un idéal Ã* espérer.
Le seul système pouvant être concrètement opposé au capitalisme semble
malheureusement être un régime totalitaire, où l’argent n’a plus de
raison d’être car l’oppression physique et mentale des esclaves est
suffisante Ã* la bonne marche des affaires de l’élite au
pouvoir. Certains ont déjÃ* essayé et d’autres essaieront encore, et il
est même probable qu’un jour ils y parviennent tant les possibilités de
réalisation techniques semblent Ã* portée de main. Ce système n’est bien
sûr pas celui qu’espèrent les peuples, mais force est de constater qu’il
est difficile de concevoir d’autres manières de vivre en société
autrement sans remettre en cause tout ce qui caractérise le monde tel
que nous l’avons connu.
Et puis il y a « le monde parfait » : un monde où chacun serait assez
éclairé pour ne pas vouloir « trop », tout en étant capable de penser
aux autres en même temps qu’il pense Ã* lui-même. Ce monde est plus que
difficile Ã* concevoir, car il remet en cause l’essence même de l’homme,
c’est Ã* dire son égoïsme, sa malléabilité, son incapacité Ã* se projeter
dans les futures générations. Bien sûr l’homme peut être transformé par
la propagande, l’éducation ou l’oppression (physique ou mentale), mais
cela nécessite une transformation radicale de tout ce qui régit notre
monde présent. Cela signifie remettre en cause l’argent, l’innovation,
la recherche, l’éducation. cela signifie gérer autrement le système
d’héritage, de transports des biens et des transports, la production, la
consommation, l’agriculture, l’industrie. Cela signifie repenser la
philosophie, le travail, le bonheur (le sens de la vie), la fécondité,
la religion (la notion de bien et de mal).
En définitive c’est la vision de l’homme dans sa nature même qu’il faut
modifier, et le problème est de savoir s’il vaut mieux le voir tel qu’il
est ou tel qu’on le voudrait.
Car si on le regarde tel qu’il est, ce « monde parfait » a peu de
chances d’exister : les contraintes physiques d’un monde qui fonctionne
sont réelles, et il ne faut pas les négliger. Certains métiers sont plus
difficiles que d’autres, plus ingrats, mais indispensables : or dans «
un monde parfait », il semblerait logique d’espérer choisir son activité
librement. Le fait qu’elle ne soit contrainte ni par la force ni par
l’appât du gain ne laisse pas beaucoup d’espoir quant Ã* la sélection de
certaines de ces tâches, celles qu’on appelle en général « le sale
boulot ».
Et si on regarde l’homme tel qu’on le voudrait, on retombe rapidement
dans le problème de l’idéologie : qui peut prétendre sérieusement
détenir la « Vérité » ? celle-ci sera-t-elle imposée ou simplement
proposée ? et comment déterminer qui sera réellement capable de juger de
cette « vérité » objectivement, sachant que la génération qui conduira
cette révolution n’aura pas bien sûr disposé de la préalable éducation Ã*
la transformation du monde vers ce « nouvel homme » ; génération qui
sera donc inévitablement le fruit du capitalisme et de son idéologie ?
VoilÃ* donc pourquoi il est si difficile de remplacer le
capitalisme. Lorsque l’on sort du cadre de l’argent, on retombe dans
l’idéologie, et la définition de l’homme se retrouve vierge, Ã* réécrire
totalement. La tâche est si ardue qu’elle peut paraître impossible Ã*
entamer, mais lorsque l’on pense aux armées de fonctionnaires planchant
sur des calculs économiques infinis, sur des articles de loi emmêlés par
milliers, sur des statistiques gigantesques, on imagine qu’ils
pourraient peut-être se trouver plus judicieusement employés Ã* une autre
tâche, autrement plus valorisante : regarder ce qu’est devenu l’homme
capitaliste, pour mieux définir ce que devrait être l’homme du futur…un
humaniste ?
Caleb irri
http://calebirri.unblog.fr
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un texte que je ne partage pas ! mais bon..
une pièce Ã* verser au dossier du post-capitalisme.
[fff]